Sauter la navigation.
Accueil
Site dédié à la fin de l'âge du pétrole

AIE : il était une fois le pic pétrolier

Six mois après, voilà que l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) pense à son tour que le pic pétrolier a été passé.

C'est dans l'Usine Nouvelle de cette semaine que l'analyste de service fait cette déclaration qui passe presque inaperçue : la couverture de l'hebdomadaire est consacrée à la santé de l'industrie mécanique en France.

Ce M. Lopez n'est pas géologue, mais spécialiste de l'industrie pétrolière. Son raisonnement est similaire au nôtre : même si les capacités vont pouvoir encore un peu agmenter en 2009 et 2010, la consommation est définitivement en berne. Les investissements ont été brutalement ralentis : dans le même numéro, un autre article cite un autre analyste, de l'IFP cette fois, qui signale que tous les projets de production de pétrole "non conventionnel" (soit essentiellement les machins bitumineux et l'offshore profond) ont été reportés.

La production ne pourra donc pas suivre la consommation lorsque celle-ci repartira à l'échelle mondiale à l'issue de la crise : nous avons touché le plafond.

La conclusion de l'article va réjouir les piquistes :

Si la crise n'est que temporaire... il faudrait investir pour avoir des capacités supplémentaires. Cependant, je prévois que beaucoup de projets vont être différés. Avec, peut-être, à la clé, des pénuries : il est difficile de synchroniser les cycles de demande et de production !


À la fin des années 1990

À la fin des années 1990 plusieurs professionnels du monde du pétrole, constatant que les réserves des gisements découverts chaque année depuis les années 1970 représentaient un volume de pétrole inférieur à la production annuelle, ont extrapolé la date à laquelle la production mondiale de pétrole déclinerait en s'appuyant sur les travaux de modélisation d'un géologue précurseur Marion King Hubbert. Celui-ci avait, dans les années 1950, pronostiqué avec succès le pic de la production de pétrole américaine. Ils ont tenté d'alerter responsables politiques et pouvoirs publics sur la survenue prochaine du pic pétrolier mondial. La majorité des intervenants ont réfuté jusqu'à récemment le phénomène en argumentant que les avancées techniques permettraient dans le futur une meilleure récupération du pétrole des gisements existants et l'exploitation de nouvelles sources d'hydrocarbures jusqu'ici inaccessibles telles que les sables bitumineux, l'offshore profond… À l'appui de cette thèse, les réserves de pétrole disponibles s'étaient jusqu'à récemment maintenues à 40 fois la consommation annuelle.

L'envolée du prix du pétrole en 2008 interrompue par la crise économique a contribué à un revirement de certains spécialistes du secteur pétrolier. Ceux-ci reconnaissent que le déclin de la production de pétrole est un phénomène inéluctable. Toutefois les avis divergent fortement sur la date du pic. En effet celle-ci dépend de nombreux facteurs, dont certains ne peuvent être qu'extrapolés (coût de l'énergie search engine marketing, progrès techniques, mise en production des nouveaux gisements), tandis que d'autres sont tenus cachés par certains des acteurs (réserves pétrolières non évaluables du Moyen-Orient). Les spécialistes les plus optimistes situent le pic pétrolier entre 2020 et 2030 ; à l'inverse, les tenants de la théorie du Pic l'ont situé plutôt dès 2010 ou ont annoncé que la date avait déjà été franchie. Ces prédictions erronées ont beaucoup contribué à l'incompréhension entre les tenants des deux camps. Les pessimistes font valoir que le déclin des gisements de pétrole conventionnel est plus avancé que ce qui est officiellement annoncé et que la mise en production du pétrole non-conventionnel (sables bitumineux), qui doit prendre le relais du pétrole conventionnel, se fera plus lentement que prévu et portera sur des volumes annuels relativement faibles. L'AIE, qui a longtemps nié le sujet, a déclaré en 2009 que le pic viendra peut-être vers 2020 mais qu'il pourrait aussi intervenir en 2010 si la demande mondiale dépasse l'offre. Pour le détail des avis sur le moment du pic pétrolier, se référer au chapitre 8 ci-dessous.

Les spécialistes les plus pessimistes estiment que l'économie mondiale doit se préparer au plus tôt à la transition vers une ressource pétrolière décroissante car son fonctionnement repose aujourd'hui largement sur les sous-produits de cette matière première ; la transition vers une société fonctionnant avec un pétrole rare et cher durera au moins 20 ans. Le choc pétrolier qui suivra le pic pétrolier sera d'autant moins violent que la société aura su s'y préparer. D'autres spécialistes signalent que ce mouvement est engagé depuis longtemps ; l'ensemble de la zone Europe-Eurasie a connu son pic de consommation en 1979[3], malgré une démographie en hausse.

Héros mythique des

Héros mythique des altermondialistes, des écologistes puis plus récemment des spéculateurs sur les marchés des matières premières, le pic pétrolier correspond à la date où la production mondiale de pétrole atteindra son maximum historique cheap web hosting.

Et si ce fameux Peak Oil était passé ? La prise en compte de la crise naissante perturbe sensiblement les modèles prévisionnels de production, qui supposaient une croissance régulière de la consommation.

Ces dernières années, des jours et des jours de calcul sur Excel ont tenté d’approcher, de façon plus ou moins précise, quand surviendrait ce fameux moment futur où la production de pétrole mondiale atteindrait son maximum absolu.

On avait d’un côté les piquistes, qui pensaient que la géologie allait ainsi décapiter l’économie mondiale en provoquant une pénurie mondiale de pétrole ; leurs penchants anticapitalistes ou anti-états-uniens les poussaient alors à chercher à démontrer l’imminence de la Fin du Monde et de l’American Way Of Life. De l’autre côté, il y avait l’AIE, le CERA, tous ceux que les piquistes appelaient les terraplatistes wireless internet, car ces derniers utilisaient prétendûment des raisonnements simplistes du style "puisqu’il y en a aujourd’hui, il y en aura encore demain".

Or les piquistes eux-mêmes étaient dans un sens terraplatistes : ils considéraient que l’offre, quelle que soit son augmentation, serait toujours absorbée par la demande d’un monde en plein développement économique. Bref, ils n’avaient pas vraiment de modèle prospectif robuste sur le plan économique.

La crise dans laquelle nous sommes en train de plonger, si elle se révèle effectivement aussi sévère que nous l’annonce le dernier Prix Nobel d’économie, est pourtant bien partie pour endommager sérieusement et durablement la croissance mondiale. L’industrie automobile commence à dévoiler ses miteux résultats de septembre, et comme disait l’autre, le pire est à venir : la grande consommation, l’immobilier, les projets d’infrastructures (mêmes les plus verts) voient leur activité freiner brutalement. Plus généralement, quasiment tout le secteur privé est en train de réduire d’un coup la voilure en prévision de la tempête qui s’annonce : gel des embauches, réduction drastique des OPEX dsl, délocalisations à marche forcée, toute la panoplie y passe.

Sans aller jusqu’à évoquer le spectre de la Grande Dépression de 1929, ce que les journalistes adorent faire en ce moment, contentons-nous d’imaginer que cette récession ressemblera à celle du début des années 80. Si on extrapole alors la production des dix prochaines années sur la base de la consommation de cette époque, le résultat est sans appel :

Le pic de production énergétique

Je pense qu’un grand tournant historique (1) se révèlera lorsqu’une majorité d’entre nous, humbles humains, aura pris conscience du fait que nous avons atteint le pic de production énergétique (toutes énergies comptées), que ce pic aura constitué l’apogée de la puissance développée par notre espèce et que cette puissance ne pourra plus désormais que décliner [sous les effets conjugués de la déplétion des ressources accessibles et exploitables à des coûts non prohibitifs (2), de la forte réduction de la capacité de créer toujours plus d’argent en circulation en créant toujours plus de dettes inscrites à l’actif du système financier, et de la forte réduction des capacités d’investissement, ces trois effets se renforçant mutuellement].

Il est possible et vraisemblable que ce pic a été atteint tout récemment ou est sur le point de l’être. Mais il ne semble pas, pour le moment, que la majorité de nos contemporains en ait pris conscience. Cette majorité (incluant apparemment la plupart de nos dirigeants, économistes et politiciens) n’est pas non plus consciente du fait que la croissance économique se nourrit de la croissance de la production annuelle d’énergie (3), que les capacités d’investissement et d’accords de crédit sont indissociables de la capacité à augmenter une telle production et que des démocraties libérales habituées à résoudre les problèmes en perpétuant la croissance économique seront devenues impuissantes et paralysées lorsque le déclin énergétique aura débuté.

Sur la base de tels constats, j’entrevois que la prise de conscience sera brutale et accompagnée d’effets douloureux pour la grande majorité d’entre nous, et donc qu’il n’y a pas lieu de se réjouir du fait que les ci-dessus dénommés « piquistes » (4) auront eu raison des « adeptes de la Terre Plate » (expression forgée, je crois, par Colin Campbell).
__________

(1) Je pense que ce tournant historique majeur sera le plus important depuis la Révolution Néolithique, il y a environ dix mille ans.

(2) Le caractère d’accessibilité et les capacités d’exploitation des ressources sont fluctuants. Ils dépendent de la conjoncture, notamment des prix de vente sur les marchés, de considérations géopolitiques, de considérations écologiques et probablement d’autres facteurs qui se révèleront dans l’avenir. Il est illusoire de comptabiliser parmi les ressources énergétiques disponibles des sources qui seront devenues, à un moment donné de notre histoire, définitivement inaccessibles par rapport au niveau de puissance auquel nous serons descendus.

(3) La production annuelle d’énergie mesure une quantité de puissance (quantité d’énergie produite pendant une unité de temps bien définie). Jusqu’à quand cette quantité pourra-t-elle poursuivre la croissance moyenne linéaire de 0,15 Gtep par an observée de 1945 à 2008 ? Voilà une question que je crois pertinente, mais qui, fort curieusement, sera totalement passée sous silence, à Londres, lors du prochain sommet du G20. Que peut-on attendre d’un sommet dont la mission consiste à retrouver une croissance aujourd’hui perdue mais qui ne se préoccupe pas, en préalable, de prendre en considération les réalités physiques sur lesquelles ont été fondées, jusqu’à présent, la croissance que l’on cherche à retrouver ?

(4) Je me situe parmi les « piquistes », mais il me semble que le pic que je perçois est sensiblement différent de celui qui est généralement décrit.

le pic arrive, sauve qui peut !

le pic arrive, la croissance s’en va,
le peuple n’en peut plus et descend dans la rue,
les dirigeants du monde peuvent de plus en plus peu,
ils ne peuvent même plus s’en mettre plein les poches,
ça fait trop de vagues dans les rues,
nous sommes tous coincés,
tous ensemble, tous ensemble, oui, oui,
et sauve qui peut !

Le serpent replié sur lui-même et avalant sa queue.

La croissance s’en va-t-elle parce que le pic (1) arrive, ou le pic arrive-t-il parce que la croissance s’en va ? Il me semble que ces deux mouvements vont de pair et s’entretiennent mutuellement sous l’effet des multiples et complexes interactions agissant dans tous les sens et affectant finalement les quatre grandeurs macro-systémiques majeures du système global : le niveau de population mondiale, le PIB dégagé par l’ensemble des économies réelles de la civilisation industrielle, le montant total des valeurs capitalisées comptabilisées par l’ensemble des systèmes financiers de la planète et la production annuelle d’énergie alimentant tout le système.

Depuis l’automne 2008 (début des injections massives de capitaux par des états endettés afin de soutenir les banques défaillantes) le système global m’apparaît comme un serpent désormais contraint, pour survivre, d’être replié sur lui-même afin de se nourrir en partie par avalement de sa queue. Cette vision m’est venue dans un rêve, quelque jours après avoir attentivement regardé et écouté la vidéo de Paul Grignon intitulée en français « L'argent dette ». Je l’ai exprimée en détail dans l’un des commentaires publiés à la suite de l’article du Professeur Chris Rhodes intitulé “A Recent History of Oil Prices” (blog Energy Balance).

___________

(1) Il s’agit du pic de production énergétique (toutes énergies confondues). Le pic pétrolier est certainement l’une de ses composantes essentielles, mais n’oublions pas que les économies émergentes (notamment l’Inde et la Chine) se sont essentiellement développées et continuent de se développer en puisant sur le charbon, un puisage qui n’a pas encore atteint son pic alors que la production de pétrole stagne.

Ma conclusion générale : Il était une fois le pic pétrolier, il est aujourd'hui le pic de production énergétique (quand se produira-t-il ?), il sera demain le déclin.

Peak Energy News